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Les Guerres d'Eisner

Un créateur de BD face à la guerre et l’antisémitisme

La Contemporaine à Nanterre

16 avril - 3 juillet 2026

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Présentée à La Contemporaine, à Nanterre, du 16 avril au 3 juillet 2026, l’exposition Les Guerres d’Eisner : un créateur de BD face à la guerre et l’antisémitisme a proposé une relecture d’un aspect essentiel, mais encore trop peu connu, de l’œuvre de Will Eisner. Figure fondatrice de la bande dessinée moderne, créateur du Spirit, pionnier du roman graphique et auteur d’une œuvre dont l’influence demeure considérable, Eisner y apparaissait non seulement comme un maître du récit dessiné, mais aussi comme un artiste profondément engagé dans les grands conflits de son siècle.

L’exposition est née d’un travail mené autour de la Semaine Will Eisner en France et de la volonté de faire mieux connaître, auprès du public français, la dimension historique, mémorielle et morale de l’œuvre d’Eisner. Elle a été conçue par Benjamin Herzberg, ancien assistant de Will Eisner et spécialiste de son œuvre, et Didier Pasamonik, journaliste, éditeur et historien de la bande dessinée. GASP! Éditions en a soutenu l’impulsion initiale et a contribué à rendre possible ce projet, pensé dès l’origine comme une exposition à la fois patrimoniale, pédagogique et itinérante.

Le choix de La Contemporaine s’est imposé naturellement. Bibliothèque, archives et musée des mondes contemporains, située sur le campus de l’Université Paris Nanterre, La Contemporaine conserve et expose des documents liés aux conflits, aux mémoires politiques, aux engagements et aux formes de représentation du XXe siècle. L’œuvre de Will Eisner, traversée par la guerre, la pédagogie militaire, l’histoire juive, l’antisémitisme et les mécanismes du préjugé, entrait ainsi en résonance directe avec les thématiques de l’institution. L’exposition a également bénéficié d’un ensemble de soutiens institutionnels, parmi lesquels l’Alliance EDUC, la Mission Libération, l’Université Paris Nanterre, la Fondation pour la Mémoire de la Shoah et Le Souvenir Français.

L’exposition aborde un pan méconnu du créateur de bande dessinée : le rapport constant entre son œuvre et la guerre. 

7 avril 2026

LigneClaire.info

Le parcours retraçait le rapport constant d’Eisner à la guerre, envisagée sous plusieurs formes : guerre vécue, guerre observée, guerre transmise, mais aussi guerre comme expérience matérielle, comme enjeu pédagogique et comme combat moral. Il montrait comment Eisner, mobilisé pendant la Seconde Guerre mondiale, avait d’abord utilisé le dessin et la narration pour former les soldats américains. Dans des publications comme Army Motors puis PS Magazine, il développa une forme de bande dessinée didactique extrêmement efficace, destinée à transmettre des consignes techniques, à prévenir les erreurs de maintenance et à rendre l’information militaire compréhensible par tous. À travers des personnages comme le soldat maladroit Joe Dope ou la mécanicienne Connie Rodd, Eisner inventait une pédagogie graphique fondée sur l’humour, la clarté du geste et la mise en scène des erreurs.

Cette première partie de l’exposition permettait de découvrir un Eisner longtemps resté en marge de sa réception française : non plus seulement le grand auteur du Spirit ou le théoricien du roman graphique, mais l’inventeur d’un langage visuel au service de la formation, de la responsabilité et de l’efficacité pratique. Le visiteur progressait dans un ensemble d’environ une centaine de reproductions : dessins, planches de bande dessinée, affiches, pages de magazines militaires, documents pédagogiques et images rarement montrées. Ces pièces mettaient en évidence la manière dont Eisner avait su transformer la bande dessinée en outil de compréhension immédiate, capable de transmettre des savoirs complexes sans renoncer à l’élégance du dessin ni à l’intelligence narrative.

Mais l’exposition ne se limitait pas à la période militaire. Elle montrait aussi comment, après la guerre, Eisner avait progressivement déplacé son attention vers les mémoires individuelles et collectives, les blessures de l’histoire et les mécanismes de l’exclusion. Dans ses romans graphiques de la maturité, il ne s’agissait plus d’apprendre à entretenir un véhicule ou à éviter une erreur technique, mais d’interroger ce qui rend possible la violence historique : l’ignorance, le préjugé, la discrimination, la rumeur, la peur de l’autre. Des œuvres comme Au cœur de la tempête, Fagin le Juif ou Le Complot ont ainsi été présentées comme les prolongements moraux de son travail de pédagogue. Eisner y employait les ressources du roman graphique pour analyser, dénoncer et déconstruire les formes anciennes et modernes de l’antisémitisme.

L’un des enjeux de Les Guerres d’Eisner était donc de montrer la continuité profonde d’une œuvre qui peut parfois sembler divisée entre plusieurs périodes : les comics populaires, les travaux militaires, les romans graphiques autobiographiques et les livres consacrés à l’histoire juive. L’exposition proposait au contraire de lire ces moments comme les étapes d’un même parcours. Chez Eisner, le dessin sert toujours à rendre visible ce qui menace de rester abstrait : le fonctionnement d’une machine, le comportement d’un soldat, la mémoire d’une famille, la construction d’un stéréotype ou la mécanique d’un mensonge collectif.

Le projet prenait aussi une dimension particulière dans le contexte français. Si Will Eisner est largement reconnu comme l’un des grands noms de la bande dessinée mondiale, certains aspects de son œuvre demeurent moins connus du grand public. La présentation à La Contemporaine a permis de replacer son travail dans une histoire plus large de la bande dessinée comme outil de mémoire, de transmission et d’analyse du réel. Elle a également montré combien son œuvre reste actuelle à un moment où les questions d’antisémitisme, de désinformation et de transmission historique continuent de se poser avec force.

L’exposition était bilingue, en français et en anglais, afin de pouvoir circuler au-delà de sa première présentation à Nanterre. Conçue pour être itinérante, elle a été appelée à voyager dans plusieurs universités membres de l’Alliance EDUC : Castellón en Espagne à l’automne 2026, Cagliari en Sardaigne au printemps 2027, puis Potsdam en Allemagne à l’automne 2028. Cette circulation européenne prolonge l’ambition du projet : faire connaître l’œuvre d’Eisner dans des contextes universitaires, culturels et mémoriels différents, et montrer que la bande dessinée peut constituer un langage commun pour penser l’histoire contemporaine.

Autour de l’exposition, plusieurs conférences ont également été organisées à La Contemporaine, avec Benjamin Herzberg, Didier Pasamonik et Gilles Ciment. Ces rencontres ont permis d’approfondir les différents aspects du projet : la place d’Eisner dans l’histoire du roman graphique, son usage de la bande dessinée comme outil pédagogique, son système graphique, mais aussi la manière dont son œuvre dialogue avec les grands enjeux mémoriels du XXe siècle.

Les Guerres d’Eisner a ainsi constitué bien plus qu’une exposition consacrée à un auteur majeur. Elle a permis de montrer comment la bande dessinée, chez Eisner, devient un instrument de lucidité. En suivant le fil de la guerre, de l’armée américaine aux combats contre l’antisémitisme, le parcours a révélé une œuvre profondément cohérente, attentive aux responsabilités de l’artiste face à l’histoire. Il a aussi rappelé que la puissance d’Eisner ne réside pas seulement dans son invention graphique, mais dans sa capacité à faire du dessin un moyen de comprendre, de transmettre et de résister

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